Polypes - Questions les plus fréquentes Picture

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[Traduit par Catherine Semer, élevage Catcoonnection]

Par Cat Moody, élevage de Maine-Coon Stormwatch
(reproduit avec l'autorisation de l'auteur)

Mise en garde: Je ne suis pas vétérinaire mais simple éleveuse confrontée au problème des polypes à maintes et maintes reprises. Veuillez consulter votre vétérinaire pour un diagnostic et un traitement adéquats. Mon objectif est ici de fournir une information de première main sur ce que sont les polypes, quelle en a été mon expérience et les options de traitement possibles.

Informations personnelles: Je m'appelle Cat Moody et j'ai été éleveuse-exposante de chats Maine-Coon pendant à peu près douze ans sous l'affixe Stormwatch. Pendant mes sept premières années d'élevage, j'ai eu à deux reprises des chats affectés par des polypes; les deux fois à la suite de maladies respiratoires des voies supérieures (coryza) chez un adulte et un chaton. D'un point de vue statistique, cela reste relativement normal. Néanmoins, pendant les cinq dernières années, j'ai eu au moins vingt cinq chatons affectés et ce sans qu'ils ne présentent aucun signe de maladie respiratoire. La fréquence de ces cas a augmenté avec les années, jusqu'à la dernière, où 50 à 75 % de mes chatons ont présenté des polypes et, comme nous n'avons pas été en mesure d'en déterminer la cause, j'ai arrêté l'élevage.

Quelle en est la cause?: Il y a plusieurs théories sur ce qui peut provoquer des polypes, mais aucune certitude. De façon générale, les vétérinaires pensent que cela pourrait être lié aux herpèsvirus ou calicivirus, mais comme la plupart des chats d'élevage sont positifs pour ces deux types de virus, cela n'explique en rien pourquoi les polypes affectent seulement certains éleveurs et pas d'autres. Habituellement, les vétérinaires les plus expérimentés en matière de polypes sont ceux qui ont travaillé dans des refuges où des chatons malades sont amenés avec des infections de l'oreille non traitées.

Génétique: Alors qu'il peut y avoir une composante héréditaire, cela a été définitivement exclu dans mon cas. Mes mâles reproducteurs n'étaient pas apparentés, ce qui était également vrai pour la plupart de mes femelles reproductrices. J'ai eu un pourcentage égal de polypes avec mes deux mâles ou même avec des mâles extérieurs à ma chatterie. Chacune des femelles vivant sous mon toit a produit à un moment ou à un autre au moins un chaton affecté, mais cela n'arrivait pas si elle avait été envoyée vivre ailleurs pendant toute la durée de sa gestation ainsi que pendant qu'elle élevait ses chatons. Aucune des femelles issues de ma chatterie (à une exception près) n'a jamais produit de chaton affecté, et ce même si ses parents avaient eux-mêmes été atteints, ou si ladite chatte avait développé un polype dans son jeune âge. Tous les chatons affectés ont été diagnostiqués avant qu'ils atteignent l'âge de 14 semaines. Si aucun polype n'était présent à 14 semaines, alors le chaton n'en aurait jamais. Je sais, cela n'a aucun sens, mais nous avons testé mes chats pour tout ce qui peut exister ici bas et cela demeure un mystère. Il devait forcément y avoir une explication environnementale, cependant nous n'avons jamais pu trouver laquelle. Nous avons fait appel à des vétérinaires du monde entier pour qu'ils fassent la lumière sur cette affaire, et toutes sortes de tests et de biopsies ont été effectués, mais sans aucun résultat. Cela m'a conduite à arrêter l'élevage en raison des énormes frais vétérinaires et du tourment émotionnel que cela a généré. Je n'ai jamais entendu dire qu'une autre chatterie avait été affectée par les polypes de façon aussi récurrente et pendant aussi longtemps.

Le seul point positif, c'est qu'ayant été confrontée à un grand nombre de polypes, on me nomme désormais dans certains milieux « la Reine des Polypes ». Du coup, je reçois énormément de demandes de personnes soucieuses de trouver de l'aide, c'est pourquoi je me suis dit que ce serait plus facile si je rédigeais un article sous forme de questions/réponses.

Comment se forment-ils: Un polype est une excroissance de chair qui grossit dans l'oreille moyenne ou bulle tympanique. L'oreille interne est constituée d'une structure osseuse de forme sphérique. En temps normal, tout dépôt qui s'y accumule est évacué par l'une des deux sorties: le conduit auditif supérieur qui mène à l'oreille externe, ou le conduit inférieur, la trompe d'Eustache, qui mène au pharynx. Si pour une raison ou une autre les dépôts ne sont pas évacués, cela constitue un terrain favorable à l'apparition d'un polype. Ce dernier prend racine dans la bulle tympanique et commence à grossir. Il peut se développer soit vers le conduit auditif (il s'agit alors d'un polype dit « auditif »), soit par la trompe d'Eustache vers le pharynx (= polype « nasopharyngé »). Les ouvrages vétérinaires suggèrent que les polypes nasopharyngés sont les plus courants, mais ceux de mes chats étaient dans approximativement 75% des cas de type auditif. Tandis que le polype grossit, il peut soit percer le tympan, soit obstruer les voies respiratoires du chat. Dans un cas comme dans l'autre, il est important de procéder à son ablation dès qu'il a été diagnostiqué. Le seul cas mortel lié à un polype que nous avons eu a été un chaton pour lequel la date d'opération avait dû être repoussée (il avait également une malformation de l'oreille, c'est pourquoi nous voulions attendre qu'ils soit plus âgé); le polype a tellement grossi qu'il a adhéré à une importante veine, qui a été incisée pendant l'opération, et le chaton est mort d'une hémorragie. Si on ne l'enlève pas, un gros polype situé dans le pharynx peut complètement obstruer les voies respiratoires, de sorte que le chaton/chat mourra étouffé.

Polype bilatéral: Je pense que j'ai eu le seul cas récent mentionné dans les ouvrages vétérinaires, d'un chat qui a présenté des polypes bilatéraux, lesquels furent découverts à quelques mois d'intervalle. En règle générale, ils ne se forment que d'un côté ou de l'autre. Un chat qui a développé un polype ne semble pas plus susceptible d'en refaire un.

Symptômes: Ils peuvent se manifester de plusieurs manières. Je suis sûre que ce que les vétérinaires voient le plus souvent, ce sont des chatons qui présentent de vilaines infections de l'oreille ou de la toux, mais les signes cliniques peuvent être bien plus subtils que ça. Avec les années, et à force d'habitude, je les décelais bien avant qu'ils ne soient visibles avec un otoscope. Ce que je remarquais habituellement chez les chatons nasopharyngés, c'était une sorte de claquement étrange ou de grognement, ou parfois le chaton semblait déglutir bizarrement ou avoir des sortes de haut le cœur. On pouvait également observer un problème de respiration ou de déglutition. Dans le cas d'un polype de l'oreille, la première indication était en général l'apparition d'un écoulement blanc et visqueux de l'oreille. On pourrait passer à côté si les poils situés sous l'oreille ne formaient pas des touffes toutes raides. Il se peut qu'il y ait également une irritation de la peau à la base du poil. Il s'agit là de signes avant coureurs, et ils n'indiquent pas obligatoirement la présence de polypes (à moins que le chaton ne soit né chez Stormwatch LOL).

Quoi qu'il en soit, chez un chaton plus âgé ou un adulte, ou chez un chat où le polype s'est développé silencieusement (sans qu'on le remarque), les symptômes peuvent survenir de façon soudaine et grave. Le syndrome vestibulaire peut survenir de façon soudaine et dramatique. Il m'est arrivé de le voir apparaître en moins d'une minute. Un chaton, qui semble parfaitement normal, se met soudain à tituber en décrivant des cercles, la tête fortement inclinée sur le côté. La tête va pencher du côté de la bulle tympanique affectée, et le chaton tournera systématiquement dans cette direction. Un autre aspect de ce phénomène est le syndrome de Horner, où la troisième paupière (là encore du côté affecté) se met à totalement recouvrir l'œil. On peut aussi observer quelquefois un Nystagme, lorsque la pupille du côté affecté se met à bouger frénétiquement de gauche à droite. Pour tout vous dire, c'est horrible; c'est comme si votre chat faisait une attaque. Mais c'est tout à fait normal, étant donné que le polype (ou le gonflement qui en résulte) exerce une pression sur le nerf crânien.

Et notez bien - je suis tombée sur des vétérinaires urgentistes qui, au téléphone, me soutenaient avec force que « les chats ne présentent jamais de syndrome vestibulaire », insinuant par là que j'avais dû trouver un mot savant quelque part... pour se rétracter une heure plus tard, lorsqu'ils se retrouvaient face à un chaton ivre et décrivant des cercles sur leur table d'auscultation. J'ai trop souvent entendu dire que ce comportement était immédiatement imputé à un problème neurologique, et même si cela peut en effet être le cas, il s'agit également d'une manifestation habituelle de la présence d'un polype. En règle générale, ces symptômes disparaissent complètement plusieurs semaines après l'opération, mais d'après mon expérience, plus on attend pour opérer après l'apparition des symptômes, plus il y a de risques pour que le chat conserve une inclinaison de la tête. Ca rend le chaton plus attachant, et cela ne semble pas le perturber.

Un cas s'est présenté où nous étions PERSUADES que le chaton avait un polype, mais nous n'en avons jamais trouvé aucun, et ce malgré la présence de tous les symptômes. Des mois plus tard, on l'a fait finalement opérer et, effectivement, aucun polype n'a été trouvé, mais la bulle tympanique était si infectée que cela avait provoqué des symptômes similaires. Ce chaton a conservé une inclinaison de la tête, et naturellement ses nouveaux maîtres ont continué à l'appeler « Tilt » (Tête inclinée).

Chirurgie corrective: Les polypes doivent être traités chirurgicalement, et non pas par médication. Les antibiotiques, quelle qu'en soit la quantité administrée ou leurs actions combinées, ne pourront pas les faire disparaître. Il existe deux méthodes fondamentales pour en venir à bout.

La première consiste à les « extraire ». Cette technique est moins invasive et moins onéreuse que la méthode alternative. Malheureusement, le taux de réussite est très bas. Le chaton/ chat est mis sous sédatif, puis le vétérinaire introduit un extracteur dans la gueule ou l'oreille de l'animal, saisit la partie visible du polype pour procéder à son extraction. Le problème, c'est que les racines, comme celles du pissenlit qu'on arrache, ont de fortes chances de rester dans la bulle tympanique. Et le polype repousse dans 70 % des cas. Je n'ai utilisé cette méthode qu'une seule fois, chez une chatonne qui était une candidate trop petite pour qu'une opération plus lourde soit tentée. Le polype la faisait littéralement étouffer, ce qui rendait toute anesthésie encore plus risquée. Nous le lui avons enlevé, pour qu'elle ait le temps de grandir et de prendre du poids. Le polype a repoussé en l'espace de quatre semaines, mais à ce moment là, la chatonne était suffisamment grosse pour supporter sans problème l'opération.

La méthode de loin préférable est l' ostéotomie ventrale bullaire ou VBO (Ventral Bulla Osteotomy). Elle est très coûteuse (entre $1200-$1500 dans mon secteur), et il vous faut un chirurgien adroit ainsi qu'une période de convalescence. Cependant nous n'avons jamais vu aucun polype repousser. La seule complication que nous ayons eue, et qui est extrêmement rare, a été une infection osseuse à l'endroit opéré, et survenant quelques mois plus tard (et qui a été traitée avec succès). Le vétérinaire pratique une ouverture chirurgicale dans la bulle tympanique, en passant par le cou, et nettoie complètement la cavité en la grattant, avant de déloger les racines du polype. Le polype est alors retiré et un drain inséré. Le chaton reste en général 2 à 4 jours chez le vétérinaire, et une dizaine de jours de soins post opératoires sont ensuite nécessaires. On administre en général un simple antibiotique; on s'assure que l'endroit incisé et le drain restent propres; et on applique des compresses chaudes pour faire diminuer le gonflement. Habituellement, le chaton semble aller mieux au bout de quelques jours. Même si le chaton ne présentait pas de symptômes avant l'opération, il en aurait après l'opération: en règle générale, il s'agit d'une inclinaison de la tête et du syndrome de Horner. Dans la plupart des cas, ces symptômes vont disparaître complètement au bout de 2 à 4 semaines.

Encore une fois, la bonne nouvelle, c'est que le VBO est efficace à 99 %, et aucun polype ne devrait jamais repousser. C'est là un des rares diagnostics pour lequel, chez le chat, il existe une solution fiable sur le long terme. Néanmoins, l'éleveur se trouve amené à faire face à certaines considérations difficiles. Il faut en effet être capable de se persuader du bien fondé de dépenser $1500 pour soigner un chaton et ensuite de ne le vendre guère plus de $500. Le côté positif de la chose, c'est que dans 90 % des cas, voire même plus, le chaton ne sera plus jamais affecté; ainsi les nouveaux parents et leur chaton peuvent s'attendre à mener une vie tout à fait normale. Jamais je n'ai choisi de faire euthanasier un chaton si l'argent pouvait à lui seul résoudre le problème, mais vous comprendrez aussi pourquoi, sur le plan financier, cela m'a conduit à arrêter l'élevage. Je ne connais pas beaucoup d'éleveurs disposant d'une source de revenus illimitée, et le coût peut être un élément important pour beaucoup dans la prise de décision. Le taux de réussite est élevé; le risque est faible.... mais le prix à payer est très fort.

Les seules complications que nous ayons eues ont été: un décès pour cause d'hémorragie (et je pense, rétrospectivement, que c'était inévitable); une inclinaison permanente de la tête; et une surdité totale pour le chat qui était bilatéral. Je ne peux pas certifier que tous les polypes de l'oreille finissent par provoquer une surdité, car on peut difficilement se rendre compte qu'un chat est sourd d'une oreille.

On me demande souvent si je ferais reproduire un chat qui a eu un polype, ou un frère ou une sœur affecté(e), ou encore un parent. C'est une décision que chaque éleveur doit prendre, et ce de façon individuelle. Dans mon cas, nous étions sûr que ce n'était pas un problème génétique, aussi cela n'est pas entré en compte dans mes décisions d'élevage. Nous savions en outre que dans cette chatterie, bien que tous nos chats devaient être positifs pour le calicivirus et l'hérpesvirose, nous n'avions pas eu une seule manifestation de maladie ou infection typique des oreilles chez aucun des chats ou chatons pendant ces 5 années (je sais, c'est bizarre). Nos chatons étaient toujours complètement isolés des adultes, aussi si ça avait été un problème de nature virale, cela devait être quelque chose que les mères transmettaient à un moment donné pendant la gestation ou l'allaitement. Nous ne le saurons jamais, et j'espère qu'aucun d'entre vous n'aura à vivre ça! La plupart des cas de polype dont j'ai eu connaissance ont été présentés par un seul chat, ou chaton, ou par une portée particulière dans laquelle il y avait plusieurs chatons affectés. Je ne sais pas si c'est parce que j'élevais des Maine-Coons et que ce sont les éleveurs de cette race qui me consultent, mais la plupart des cas de polypes dont j'ai eu connaissance étaient chez le Maine-Coon.

Si vous avez d'autres questions pour lesquelles je pourrais tenter d'apporter une réponse, vous pouvez me contacter à Catmoody@aol.com - mais s'il vous plaît, gardez à l'esprit que je ne suis PAS vétérinaire, et que vous devriez consulter un vétérinaire si vous suspectez ou voulez confirmer la présence d'un polype. Ce texte a pour unique but de partager ce que j'ai vécu, pour que ceux qui rencontrent le problème soient familiarisés avec le processus.